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Le Plaisir de Chanter

Interview ( le 25 .11.08 )

 

Le film "le plaisir de chanter " d'Ilan Duran Cohen est sorti le 26 novembre 2008. "Le Plaisir de Chanter, une partition aussi harmonieuse et rigoureuse que bariolée , lancée sur un tempo qui sans jamais s'essoufler, file allegro vers son dénouement, cette fantaisie baroque est un des films les plus singuliers et enthousiasmants de cette fin d'année " - CinéLive Décembre 2008. Le pianiste et compositeur Philippe Basque qui a effectué la direction musicale du film, les arrangements et la musique originale nous parle de son travail.

Pourriez vous nous parler de votre parcours ?

Je suis né à Albi, magnifique ville du Tarn, d'un père musicien.Mon enfance a été bercée par la musique. Après avoir rêvé d'archéologie, de peinture et de cinéma, je me suis finalement tourné définitivement vers le métier de musicien. Enfant, bien avant de commencer le piano, je composais déjà de façon intuitive avec mon propre système de codification. En effet, je ne m’exprime en profondeur qu’à travers la musique. Les mots me font peur car ils expriment peu ce que je peux ressentir . Très tôt, j'ai associé la musique aux images et mon souhait était de me tourner vers la composition pour le cinéma. Mes années d'études au conservatoire, à l'université et à l'école normale de musique de Paris ont envahi peu à peu cet univers créatif pour laisser place à un parcours plus académique. C'est comme cela que je suis devenu pianiste et chef de chant. Mon métier de compositeur s'est construit parallèlement à ma carrière de pianiste, de manière empirique . Dans un premier temps , j'ai beaucoup appris en orchestrant pour diverses formations symphoniques. Notamment, j'ai effectué de nombreuses commandes d’arrangements et d’orchestrations pour des concerts de musique de film dont un mémorable avec Michel Legrand et l'orchestre d'Auvergne à l'occasion du centenaire du cinéma . J'ai toujours été fasciné par l'énorme variété de sons et d'ambiances que l'on peut obtenir d'un orchestre. J'ai revécu cette merveilleuse expérience récemment avec l'orchestre Pasdeloup au théâtre du Châtelet à Paris lors de la création de ma "Suite Music Hall 1920".Aujourd'hui,le fait d'être pianiste m'aide beaucoup dans la création et me permets de répondre à des projets spécifiques comme le Ciné concert ou dernièrement pour le film "Le Plaisir de Chanter" d'Ilan Duran Cohen.

Quelles sont les musiques de film qui ont inspiré votre métier ?


Je pense immédiatement à la musique de Bernard Herrmann chez Hitchcock – c’est un maître absolu. Sinon, également à John Williams qui a su faire évoluer le style hollywoodien. Il y a quelques années, les scores de J.Williams ne pouvaient être importés en France et un orchestre symphonique m'a demandé de réaliser une suite d'une vingtaine de minutes à partir des films les plus connus sur lesquels John Williams avait travaillé. Je me suis donc plongé dans son univers orchestral et ne possédant pas de partitions originales, j'ai recomposé et orchestré tous les thèmes de légendes de Jaws ( les dents de la mer ) à Indiana Jones. Je dois dire que j'ai souffert, car les harmonies et les orchestrations sont riches et subtiles et j'ai dû écrire le tout en deux mois. Ce fut une expérience fabuleuse et très instructive .
Mais,je me laisse aussi séduire par les compositeurs européens comme Rota ou Morricone qui sont de fabuleux mélodistes et qui ont su utiliser des formations originales et plus modestes.
J'aime les croisements de styles et les décalages notamment en associant de façon inattendue des instruments ethniques à des instruments occidentaux de facture classique.

 

 

Maintenant, Parlons du film "le Plaisir de Chanter" dans lequel vous avez joué votre rôle de pianiste et également effectué la direction musicale, les arrangements et la musique originale. Comment avez vous travaillé sur ce film ?

Mon ami Denis kirsch, le remarquable flûtiste que vous pouvez voir et entendre dans le film,m’a informé de la recherche d’un pianiste connaissant le répertoire lyrique et pouvant écrire la musique du film. Cela tombait bien car à l'issue de mes études, j'avais été précisément chef de chant pendant plusieurs saisons à l'opéra de Limoges avant de me tourner vers la composition.
J'ai donc rencontré Evelyne Kirschenbaum qui tient merveilleusement le rôle du professeur de chant dans le film et j'ai déchiffré tout le répertoire qui était proposé. J'avais peu de temps, je me suis donc mis à adapter les différentes pièces du répertoire appartenant au domaine public pour le besoin des différentes scènes.
Cela a été sportif,car je travaillais les arrangements la nuit pour le lendemain et le jour je devais jouer mon rôle de pianiste dans les scènes. Heureusement que le maquillage était de rigueur.
Les volontés musicales d'Ilan semblaient se dessiner peu à peu pour l'ensemble du film. En attendant, je lui ai transmis quelques maquettes et quelques improvisations jazz effectuées à chaud, pendant le tournage notamment sur le thème de "I'll stand by you" des pretenders, chanson phare du film interprétée par Jeanne Balibar sur un texte français de Michel Jourdan, un grand monsieur de la chanson française.

Puis, plus rien... Quelques mois ont passé après la fin du tournage, et un jour le réalisateur m'appelle en me disant qu'il avait envie de retrouver la légèreté d'une sonate de Mozart. Nous avons beaucoup échangé et cela a donné jour à une collaboration riche et presque intuitive. J'avais donc 15 jours pour écrire et interpréter au piano la musique originale.

 

Comment avez vous composé la musique ?


Je dois tout d'abord préciser qu'exceptionnellement ,mon intervention en tant que compositeur est restée volontairement plus modeste que mon travail d’improvisateur , d’arrangeur et d’interprète puisque par choix l'essentiel des airs du film fait référence au répertoire lyrique . Ilan Duran Cohen n'a pas souhaité trahir l'univers classique déjà installé lors des cours de chant . J'ai donc laissé de côté les séquences jazz que j'avais initialement préparé au profit d'un langage classique qui finalement installe dans le film un univers singulier et décalé.

Quelle a été votre inspiration ?

Lorsque j'ai découvert le montage,sur un fond de comédie d'espionnage , j'ai découvert un film oscillant entre la légèreté et la gravité,une acuité sur des personnages en quête d'eux-mêmes . L'intrigue et les personnages semblaient tout droit sortis d'un livret d'opéra-comique du XXI siècle. J'ai donc proposé au réalisateur de traiter la trame musicale comme un opéra avec des récitatifs,des arias et des divertissements.
Le cours de chant lyrique est une sorte de sanctuaire où la voix représente le côté authentique et spirituel. A travers les vocalises, la recherche de la justesse et de l'harmonie les protagonistes se
retrouvent confrontés à eux-mêmes et aux autres et se dévoilent peu à peu.
Dans l'action,le ton devient plus léger et même parfois badin. Je me suis efforcé de sortir du cliché du film d'action et d'espionnage et j'ai développé une partition volontairement décalée. Il me semblait drôle de voir les services du contre-espionnage évoluant sur des airs raffinés de style baroque dans un appartement bourgeois parisien.
Lors du "spotting", cette étape fixe les entrées et sorties de la musique du film, le réalisateur a exprimé sa volonté de ne pas rester figé sur un mode d'expression et d'explorer le mélange ,"la confusion des genres" pour reprendre le titre d‘un de ses précédents films. Les choix musicaux sont devenus alors intemporels et passent d'un univers baroque,classique,romantique à un langage contemporain .Dès la première scène ,la séquence est issue de mon travail de recherche dans la musique expérimentale,j'ai donc "préparé" mon piano ,un peu à la manière de John Cage et construit un univers sonore inquiétant et fusionnant avec les bruits ambiants.
Dans une volonté d'unité musicale dans le film,nous avons souhaité garder la configuration du cours de chant ou le piano solo remplace l'orchestre. En tant que pianiste face à l'action,il était difficile de ne pas tomber dans le cartoon ou dans le style d'accompagnement de film muet avec le bon vieux ragtime ou un standard de jazz.
J'ai alors songé à proposer un discours musical diamétralement opposé à ce à quoi nous pouvons nous attendre en tant que spectateur. D'où l'apparition des pièces courtes à "la manière de..."
Couperin,Vivaldi ou la Tarentelle de la scène de la poursuite place de la concorde.

Il semblerait que vous ayez fait beaucoup référence au répertoire lyrique ?

En effet, le film étant un hommage au chant et au plaisir de chanter ,ma musique devait puiser son inspiration dans le répertoire lyrique. Pour rester dans l'ambiance, inspiré par le décor du somptueux appartement de Constance où on aperçoit l'Opéra Garnier par la fenêtre, j'ai imaginé ce que pouvait être les grands salons du XIX ème siècle lorsque Liszt,Chopin et Schubert animaient au piano ces soirées artistiques et mondaines. J'ai donc improvisé et écrit des paraphrases ,des fantaisies autour des grands airs d'opéras d'Auber,Rossini,Donizetti et Mozart.
En référence à l'opéra du 19ème siècle,j'ai intégré le leitmotiv (motif musical récurrent) et traduit
musicalement les différents personnages, comme par exemple la bourgeoise ingénue (Constance), le couple de flics désinvoltes ( Muriel et Philippe ), le toyboy espion (Julien). Ces différents thèmes
accompagnent les personnages et évoluent au rythme de l’intrigue et de l'action.

Comment avez vous enregistré la musique ?

Les enregistrements des scènes chantées ont été effectués en "live" pendant le tournage . Dans la scène ou Jeanne Balibar chante,j'ai fait intervenir mes amis musiciens : Philippe Mariotti (Guitare ),Pierre Boussaguet ( Contrebasse ) et Philippe Lavallée (Batterie).Sinon, j'ai interprété au piano la majorité des solos sauf pour "le prélude en ré" des deux premières scènes et "la poursuite de l'Iranien" qui ont été interprétés avec beaucoup de talent par la remarquable pianiste Catherine Lanco.
Comme nous avions peu de temps, les prises ont été réalisées au fur et à mesure sur le piano de mon
studio personnel. Les scènes qui nécessitaient un synchronisme parfait ont été réalisées entièrement à l'image en présence du réalisateur. Ainsi, j'ai pu modifier en direct les scores en fonction des indications du réalisateur. Le tout a été enregistré en 5.1 pour offrir plus de profondeur et plus de présence à l'image.

Quels sont vos projets actuels ?

Je viens de terminer la musique d’un documentaire pour la télévision de Yannick Carbonnaux , une
immersion dans l’aide humanitaire en Inde. J’ai beaucoup travaillé sur la musique locale et fait
intervenir quelques musiciens indiens .
J’ai également inauguré une nouvelle collection de partitions pour clavier aux salons de la musique de
Paris et de Shangai. La KCollection repose sur un répertoire traditionnel classique et contemporain et
est accompagnée d’enregistrements de jeunes interprètes de tout pays. Cette collection est éditée aux éditions Delatour France.

Des projets à Venir ?

Je prépare un album de neuf pièces symphoniques que je devrais enregistrer normalement fin 2009
avec un orchestre symphonique . Un projet de longue date dans lequel j’expérimente et développe mes futurs projets avec l’image.
J’ai quelques dates de Ciné concerts à Paris et en province où j’interviens en tant que pianiste et
compositeur . Une rencontre de l’image et de la musique en temps réel. Le concept est passionnant
novateur et repose sur un répertoire peu habituel qui devrait aboutir sur un DVD musical.

 

Propos recueillis par I. Mazins

 

 

 

 

 

 

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